|
L'homosexualité [du grec homo, signifiant « même »] peut se définir, de façon générale, comme une attirance sexuelle (que l'on appelle dorénavant « orientation sexuelle ») pour son propre sexe. Les homosexuels peuvent être des hommes (pour lesquels on emploie aujourd'hui le mot « gais ») ou des femmes (pour lesquelles on emploie aujourd'hui le mot « lesbiennes »). L'homosexualité exclusive, tout comme l'hétérosexualité exclusive, est propre aux êtres humains. L'orientation sexuelle prend des formes variées. Chez certaines personnes, elle se limite aux fantasmes. Certaines mènent une vie asexuée. Certaines tentent de supprimer leurs penchants en se mariant. Certaines personnes (que l'on dit « bisexuelles ») sont capables de conjuguer activités homosexuelles et activités hétérosexuelles.
Plusieurs homosexuels mènent une double vie, cachant avec anxiété à leurs amis et à leur famille un monde secret de liaisons homosexuelles. Au cours des dernières années, un nombre croissant d'homosexuels acceptent leur orientation comme un penchant naturel inhérent à leur personnalité. Certains en conçoivent de la fierté et forment des organismes pour promouvoir la libération des gais. Là où l'on permet à l'orientation homosexuelle de s'exprimer ouvertement, sa fréquence tend à augmenter (comme toute autre action stigmatisée, le divorce par exemple). Comme le comportement hétérosexuel, le comportement homosexuel va de la relation sexuelle anonyme, à la promiscuité ou la prostitution, jusqu'aux liaisons romantiques et aux relations fidèles qui durent toute une vie. L'homosexualité compte parmi les manifestations les plus anciennes de la sexualité humaine, et les différentes sociétés y ont réagi de différentes façons, depuis la permissivité jusqu'à la condamnation. Certaines sociétés croyaient que les homosexuels possédaient des pouvoirs magiques, et elles leur conféraient un statut de CHAMAN. Les Grecs de l'antiquité considéraient l'homosexualité comme un comportement sexuel normal. Dans certaines sociétés, l'homosexualité est mieux tolérée pour certains groupes (par exemple, les artistes, les acteurs, les marins), ou chez les « favoris » nobles de certaines cours royales.
Homosexualité dans l'histoire occidentale
À différentes époques de l'histoire occidentale, l'homosexualité a été punie avec brutalité. Cette intolérance est enracinée dans le dégoût ancestral des judéo-chrétiens pour les actes sexuels associés au paganisme. Le Lévitique XX, 13 condamne à mort les homosexuels. Bien qu'aucun passage des Évangiles ne rapporte l'opinion de Jésus sur le sujet, l'Église chrétienne des origines, sous la gouverne de Paul, condamnait l'homosexualité. Les lois ecclésiastiques et séculières ont tenté de la supprimer. À certaines périodes de l'histoire de l'Église occidentale, les allégations d'homosexualité suffisaient à condamner l'accusé à la torture et à la mort par le feu. Les derniers bûchers chrétiens connus destinés à des homosexuels sont allumés à Amsterdam, en 1730. Au XIXe siècle, la définition médicale de l'homosexualité comme maladie commence à déloger la définition religieuse qui en faisait un péché. Pour noter la pratique sans faire usage des épithètes traditionnelles (sodomite, pédé, tapette, etc.), le médecin et sexologue austro-hongrois, K.M. Benkert, forge en 1869 le mot « homosexuel ». En recherchant les causes de l'homosexualité, les scientifiques et les cliniciens proposent l'hérédité, les hormones, une anomalie génitale, une crise de l'enfance, des parents inadéquats, les relations adolescentes avec des pairs et des désordres mentaux, entre autres choses. Aucune preuve concluante ne fait cependant de l'un de ces facteurs la cause unique, certains d'entre eux ayant d'ailleurs été réfutés. Les investigations récentes mettent l'accent sur l'ADN et sur l'hypothèse d'un « gène gai ». La recherche des causes se heurte au fait que la même personne, à différentes époques et avec des partenaires différents, peut atteindre le plaisir sexuel de façon homosexuelle ou de façon hétérosexuelle. Un changement des conditions sociales (p. ex. l'emprisonnement) peut entraîner une modification dans le choix des partenaires sexuels, et la sortie de prison peut entraîner, ou ne pas entraîner, un autre changement. Pour combattre le comportement homosexuel, on a essayé les médicaments, les chocs électriques, la thérapie béhavioriste et la psychothérapie, mais aucune de ces méthodes ne peut prétendre à un succès significatif. La thèse voulant que l'homosexualité soit une variante sexuelle (comme l'est la chasteté ou la polygamie) connaît un appui international considérable au cours des années 20, à la suite des travaux de l'Institut des sciences sexuelles du Dr Magnus Hirschfeld à Berlin. En 1897, le Dr Hirschfeld formait le Comité scientifique humanitaire pour militer en faveur de l'abolition des lois criminelles contre les homosexuels. Cependant, en 1933, à l'instigation de la presse nazie, des étudiants envahissent les lieux et brûlent les livres et les documents de l'Institut. Plus tard, plusieurs homosexuels meurent dans les camps de concentration de l'Europe nazie (d'après les estimations il y en aurait de 100 000 à 400 000). Les nazis forçaient les prisonniers homosexuels à porter un macaron qui les identifiait, soit un triangle rose. Ce symbole est devenu depuis l'emblème des mouvements de libération des gais.
Homosexualité dans la société moderne
En 1948, le biologiste américain Alfred Kinsey publie les résultats d'une enquête sur l'activité sexuelle des hommes américains. Il choque plusieurs personnes en révélant les statistiques : 37 p. 100 des hommes ont eu un orgasme homosexuel au moins une fois, et les homosexuels exclusifs composent une minorité aussi importante en nombre que les Noirs américains. Les récentes études qui tentent de reproduire celle de Kinsey suggèrent un nombre plus bas, mais aussi longtemps que la désapprobation sociale oblige un grand nombre d'homosexuels à rester dans l'ombre, il demeure impossible de rassembler un échantillonnage statistique précis. La proportion d'homosexuels dans la population varie certainement des zones rurales aux zones urbaines. La tolérance sociale étant plus forte dans les grandes villes, plusieurs jeunes homosexuels y gravitent. Dans certains quartiers des grandes villes canadiennes, américaines et européennes, la population homosexuelle est assez importante pour développer une « sous-culture gaie » comparable à celle d'une communauté ethnique. La sous-culture gaie d'une ville comme Montréal, Toronto ou Vancouver, inclut des bars, des discothèques, des équipes de sports, des groupes politiques et religieux, des entreprises, des services médicaux et juridiques, des journaux et des maisons d'édition, et même des fondations caritatives. Les centres plus petits possèdent certains de ces services, mais ils y sont plus discrets. Les sous-cultures gaies des grands centres urbains fournissent une assise pour l'action politique. Les activistes gais pressent les homosexuels occupant des postes prestigieux à déclarer publiquement leur orientation. Au cours des dernières années, certains militants entreprennent de révéler les noms d'homosexuels haut placés qui protègent hypocritement leur vie secrète en prenant position contre les gais dans les débats publics.
Changements des mentalités sociales et statut juridique
Dans les années 60, certains homosexuels suivent la trace du mouvement de libération des Noirs, en déclarant que les homosexuels constituent un groupe minoritaire légitime ayant droit à une protection juridique contre la discrimination. Depuis, les activistes de la libération gaie font des pressions et des manifestations pour que changent les institutions puissantes, depuis la médecine jusqu'à l'armée. Ils décrochent un de leurs premiers succès en 1974 en persuadant l'American Psychiatric Association (APA) de reconnaître les recherches prouvant qu'aucun physique particulier, ni aucun type de personnalité, n'est associé à l'orientation homosexuelle. L'APA retire l'homosexualité de son catalogue de maladies. Depuis, un nombre croissant de figures publiques très respectées révèlent leur orientation sexuelle. Au Canada, ces figures publiques comprennent des membres des parlements fédéral et provinciaux, des professeurs, des artistes, des juges et des avocats, ainsi que des membres des Forces armées canadiennes. Des décisions similaires ont lieu aux États-Unis et en Europe. Depuis la Confédération jusqu'en 1969, l'homosexualité était punissable d'une peine allant jusqu'à 14 ans de prison dans le Code criminel du Canada. En 1969, la loi est amendée en exemptant de poursuites judiciaires deux adultes consentants âgés d'au moins 21 ans qui commettent ces « actes indécents » en privé. Depuis lors, la vitesse à laquelle se transforment les mentalités envers l'homosexualité s'accélère en raison de la tolérance générale (p. ex. les unions de fait et les parents célibataires) et des campagnes de libération gaie. Nombreux sont les Canadiens qui ne considèrent plus les actes homosexuels comme des actes « indécents ». En 1985, une province et plusieurs villes avaient déjà voté des lois contre la discrimination basée sur l'orientation sexuelle. En 1996, la majorité des provinces canadiennes avaient légiféré contre la discrimination, comme c'est également le cas dans les lois internes d'un bon nombre d'institutions publiques ou privées, qui vont des Églises aux universités, de Postes Canada aux grandes banques. L'armée canadienne va beaucoup plus loin que l'armée américaine, qui a pour politique « Ne demandez rien, ne dites rien », en bannissant la discrimination basée sur l'orientation sexuelle. Quand l'âge du consentement aux rapports sexuels vaginaux et oraux est abaissé à 14 ans dans le Code criminel, l'âge du consentement aux rapports sexuels anaux est laissé à 18 ans, jusqu'à ce qu'une cour supérieure décide en 1995 que cette distinction constitue une discrimination illégale envers les homosexuels. Cependant, ces changements demeurent très controversés, comme on en a la preuve en 1995, quand le gouvernement fédéral de Jean Chrétien prend des dispositions pour inclure les agressions contre les homosexuels dans la législation révisée des crimes haineux, mais reporte ces dispositions, en faisant la promesse électorale d'inclure la protection de l'orientation sexuelle dans la Loi canadienne sur les droits de la personne, parce que le caucus libéral est profondément divisé sur la question. Une division similaire au sein du caucus néo-démocrate, quand ce parti accède au pouvoir en Ontario, conduit le gouvernement du Nouveau Parti Démocratique (NPD) à déclarer un « vote libre » concernant un projet de loi destiné à mettre fin à la discrimination envers les couples de même sexe dans la législation sur la famille. Malgré la majorité substantielle dont jouit alors le gouvernement à l'assemblée, un nombre suffisant de membres du NPD se joint à l'Opposition pour faire avorter ce projet de loi. Le gouvernement Chrétien suit la même stratégie, quand il présente en 1996 une loi destinée à ajouter l'orientation sexuelle à la législation sur les droits de la personne. La proposition provoque un débat houleux farci de déclarations bien senties, avec à la clef un vote libre. Plus de 24 membres du gouvernement votent en accord avec le Parti réformiste contre le projet de loi. Cependant, l'Opposition officielle, le Bloc québécois, qui compte un député ouvertement gai, et le NPD, avec dans ses rangs le premier député ouvertement gai au Canada, appuient nettement la majorité libérale de sorte que la loi est votée facilement. Dans l'ensemble du pays, les attitudes envers l'égalité des droits pour les homosexuels varient beaucoup, depuis le gouvernement Klein, en Alberta, qui s'est farouchement opposé à toute protection juridique des homosexuels, jusqu'au maire de Toronto qui a participé au défilé de la fierté gaie dans les rues de la ville. De nombreuses luttes ont aussi lieu devant les tribunaux, où certaines décisions donnent raison aux requêtes en faveur de l'égalité du statut juridique pour les homosexuels, alors que d'autres les rejettent. La plupart des décisions sont reconduites jusqu'en Cour suprême. Parmi les questions importantes, il y a le droit de réclamer pour les couples de même sexe qui cohabitent, des crédits d'impôt, des prestations de retraite et la protection des droits de celui qui a le moins de ressources au sein du couple, afin d'assurer, en cas de rupture (« pension alimentaire »), un partage équitable des biens, comparable aux droits des couples hétérosexuels, qu'ils soient mariés ou en union de fait. Il y a aussi des luttes perpétuelles concernant le droit qu'ont les douanes canadiennes de censurer les livres importés, et les lois non abrogées qui remontent au XIXe siècle, comme la « loi sur les maisons de débauche ». La mentalité policière évolue aussi, mais les controverses persistent. Ainsi, certaines forces policières recrutent des gais (p. ex. Toronto et Vancouver), tandis que d'autres (p. ex. London, en Ontario) adoptent des positions publiques radicalement anti-gaies. Il y a des divisions à l'intérieur même d'une force policière, comme lors de la rafle de 1996 dans une boîte de strip-tease gaie similaire aux établissements hétérosexuels du même ordre. Une partie de la force policière dirigeait la rafle, tandis qu'une autre division, ainsi que plusieurs officiers haut placés, s'y opposaient publiquement. Il est clair que l'homosexualité continuera d'être une question controversée au Canada pendant des années.
Auteur
JOHN ALAN LEE
Bibliographie
Donald W. McLeod, Lesbian and Gay Liberation in Canada (1996).
|
|
|
|
 |
|
| Homme très volontaire et d'une extraordinaire ingéniosité, Joseph-Elzéar Bernier est le plus grand marin du Canada. C'est en grande partie grâce à lui si le drapeau canadien flotte maintenant sur l'archipel Arctique... |
|
| Parmi les espèces animales déjà disparues au Canada ou éteintes, on compte le Putois ... |
|
|
| L'allocation familiale, une prestation mensuelle allouée aux familles pour les aider à faire face aux ... |
|
|
| La Révolution tranquille est une période de changements rapides vécue par le Québec de 1960 ... |
|
|
| Septième province du Canada et également la plus petite, l'Île-du-Prince-Édouard est ... |
|
|
| Kondiaronk, chef des HURONS des Grands Lacs (1625-Montréal, 2 août 1701). Les Français le ... |
|
|
| La Révolution tranquille est une période de changements rapides vécue par le Québec de 1960 ... |
|
|
| L'industrie du ciment est formée d'usines qui produisent des ciments hydrauliques, c'est-à-dire des ... |
|
|
| Relevant de l' INDUSTRIE DES ALIMENTS ET DES BOISSONS, la distillerie gère la clarification, l'aromatisation, le ... |
|
|
| L'origine de l'Acadie remonte aux voyages effectués au service du roi de France par l'explorateur italien ... |
|
Consultez les innombrables ressources visuelles de L'Encyclopédie canadienne en vous promenant dans les galeries thématiques : peinture, histoire, nature, population, sciences et techniques du Canada.
Des illustrations, des textes motivants, des animations, des extraits sonores et des jeux permettent au lecteur d'approfondir ses connaissances de l'histoire, de la peinture, de la géographie, de l'architecture du Canada, et d'une foule d'autres sujets tous aussi amusants qu'instructifs.
Le jeu idéal pour vérifier vos connaissances anecdotiques ou non du Canada. Vous pouvez choisir un des 60 questionnaires rangés par niveau de difficulté. Votre résultat dépendra de la vitesse à laquelle vous répondez et du nombre d'indices demandés. Vous recevrez vos résultats par courriel et les meilleurs seront affichés sur le site.
Cette ressource exceptionnelle couvre plus de 6000 faits et événements qui ont marqué l'histoire du Canada et du monde. La recherche peut s'effectuer selon l'époque, le sujet, un mot clé ou une date. Voulez-vous savoir ce qui s'est passé le jour de votre anniversaire? Entrez l'année, le mois et le jour de votre naissance.
James H. Marsh, rédacteur en chef, a choisi les cent événements les plus marquants de l'histoire du Canada parmi ceux qui ont eu des répercussions importantes sur les générations qui les ont suivis.
| Encyclopédie de la musique au canada |
|
| (Richard) Viggo Kihl. Pianiste, professeur (Copenhague, 11 novembre 1882 - Toronto, 10 juillet 1945). Il étudia à Copenhague et (1898-1901) avec Robert Teichmüller au Cons. de Leipzig. Il fit ses débuts ... |
|
|