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En 1844, dans Coningsby, Benjamin Disraeli, futur premier ministre conservateur de l'Angleterre, décrit le CONSERVATISMEcomme étant une malheureuse hybridation; la mule de la politique, qui n'engendre rien. Il écrit ceci au moment où le terme conservateur apparaît pour la première fois, comme qualificatif du Parti TORY, dans une tentative pour le rendre plus populaire. Vers le milieu du XIXe siècle et ce, au Canada comme en Angleterre, il s'avère difficile de défendre les valeurs antidémocratiques du torysme, à une époque où le cens électoral augmente continuellement.
Au Canada, le Parti conservateur épouse les valeurs du Parti Tory britannique, mais d'autres courants l'agitent. On peut en effet retracer l'ancêtre du Parti progressiste-conservateur d'aujourd'hui dans le GOUVERNEMENT DE COALITIONlibéral-conservateur de la PROVINCE DU CANADAen 1854.
Affiche de la campagne de Macdonald« The Old Flag, The Old Policy, The Old Leader », affiche publiée par l'Industrial League pour mettre en évidence les valeurs anciennes sur lesquelles Macdonald appuie le pouvoir du Parti conservateur (avec la permission des Bibliothèques et Archives Canada/C-6536).
Héritage de Macdonald
En 1854, John A. MACDONALDse rallie à la coalition à titre de conservateur modéré et c'est lui qui formera éventuellement le Parti libéral-conservateur, dominant à la CONFÉDÉRATION. En tant que premier ministre du Canada, Macdonald met sur pied un parti attaché à la Confédération et une politique de développement économique du pays. Le nom du parti symbolise : l'engagement personnel de Macdonald envers l'équilibre et la modération, faire valoir ce que les Canadiens ont en commun et taire ce qui les divise. Il parvient à regrouper les catholiques ULTRAMONTAINSdu Québec, les tories, les orangistes et les hommes d'affaires des quatre provinces fondatrices. Rejetant les débats abstraits, il insiste sur la personnalité, le favoritisme et les compromis. Dès 1872, cependant, les multiples éléments du pays en pleine expansion sont devenus trop différents pour qu'il soit possible de les unifier. En 1872, il remporte 103 sièges contre 97 pour les libéraux. La majorité ne tient pas le coup et, en novembre 1873, tombe son gouvernement.
Diefenbaker, John(avec la permission de la Société Radio-Canada)
Le SCANDALE DU PACIFIQUE, qui provoque la chute du gouvernement Macdonald, témoigne des problèmes que présente sa démarche politique. Le chemin de fer du Pacifique est essentiel à la réalisation de son rêve de bâtir un pays; cependant, la construction de ce chemin de fer et les politiques de développement unissent trop étroitement le gouvernement et certains intérêts privés, parfois au détriment de l'intérêt public. Alors membre de l'opposition, Macdonald semble être convaincu que son parti doit faire plus que simplement appuyer le Canada. À cette époque, le parti a déjà abandonné l'étiquette libéral-conservateur pour celle de conservateur. Pendant la campagne électorale de 1878, Macdonald engage son parti dans la POLITIQUE NATIONALE, qui met l'accent sur le PROTECTIONNISME, l'expansion dans l'Ouest et un gouvernement central fort. Ceci plaît aux fabricants du Québec et de l'Ontario de même qu'à tous ceux qui craignent les États-Unis à la suite de leur rejet du libre-échange et de la RÉCIPROCITÉ. Il y ajoute un message fortement probritannique qui s'avère efficace, comme en témoigne la réélection de Macdonald en 1882, 1887 et 1891. La politique nationale de Macdonald s'accompagne d'un favoritisme entendu et prodigue, de même que d'une volonté de compromis. Celle-ci lui fait toutefois défaut dans la cause de Louis RIELaprès la rébellion du Nord-Ouest de 1885. L'exécution de Riel ainsi que la faiblesse du leadership chez les conservateurs du Québec entraînent la chute des appuis dans cette province, dont le nombre de sièges passe de 48 en 1882 à 30 en 1891. La réaction de Macdonald aux événements provoqués par Riel procède logiquement de son point de vue centraliste, qui maintient les provinces et les intérêts locaux en arrière-plan. C'est pour cette raison que les provinces deviennent de plus en plus libérales et qu'elles appuient le chef libéral Wilfrid LAURIER, qui défend leurs droits. Après la mort de Macdonald, en 1891, son parti n'est plus en mesure de soutenir les attaques sur autant de fronts. Les gouvernements conservateurs de John ABBOTT, de John THOMPSON, de Mackenzie BOWELLet de Charles TUPPERluttent pour se maintenir au pouvoir, mais les questions linguistique et religieuse (voir ÉCOLES DU MANITOBA, QUESTIONS DES) de même que les problèmes de favoritisme au Québec constituent des obstacles importants. Les conservateurs perdent les élections de 1896 et mettent plusieurs années à regagner leur suprématie.
Mandat de Robert Borden
L'avocat néo-écossais Robert BORDEN, chef du Parti conservateur de 1901 à 1920, tente de faire fructifier l'héritage de Macdonald. Il nomme, à titre expérimental, un lieutenant québécois, flirte avec le progressisme américain et préconise une réforme de la fonction publique et de la propriété publique. Il perd les élections de 1904 et de 1908. Pour remporter celles de 1911, Borden met l'accent sur la politique nationale et sur les liens avec l'empire britannique. Il gagne ainsi des appuis en Ontario, en Colombie-Britannique et dans une partie des Maritimes.
28e gouvernement canadienSon Excellence, la très honorable Michaëlle Jean, gouverneure genérale du Canada pose, entourée des membres du 28e gouvernement canadien, le 6 février 2006, à Rideau Hall. Le 28e gouvernement du Canada est composé de membres du parti conservateur du Canada, il est dirigé par le premier ministre Stephen Harper, à droite de Madame Jean (photo du cpl Issa Paré; avec la permission de Rideau Hall).
Au Québec, les conservateurs s'allient aux nationalistes opposés à Laurier, qui sont séduits par la promesse de Borden de tenir un référendum sur l'aide navale à la Grande-Bretagne. Les conservateurs remportent les élections, mais la coalition impérialiste-nationaliste s'effondre. Dès 1913, les nationalistes de son caucus constatent avec amertume que Borden se range du côté des impérialistes, plus nombreux. La Première Guerre mondiale prolonge le mandat de Borden, mais, en 1917, il est impossible de reporter plus longtemps la tenue d'élections. Les élections de décembre 1917 sont décisives pour le conservatisme canadien. Pour assurer le maintien de sa politique de CONSCRIPTION, Borden conclut une alliance avec des conscriptionistes libéraux. Il en résulte le triomphe du GOUVERNEMENT D'UNION, victoire qui provoque toutefois des ressentiments vivaces chez les Canadiens français et les immigrants, particulièrement chez ceux de souche allemande. Les libéraux quittent bientôt la coalition, laissant aux conservateurs une base plus faible que jamais. En outre, la nationalisation du Grand Trunk Railway et du Canadian Northern Railway entraîne la défection du milieu des affaires de Montréal, probablement le principal bailleur de fonds du parti.
Court règne de Meighen
Harper, StephenLe très honorable Stephen Harper, premier ministre du Canada et chef du Parti conservateur du Canada(avec la permission du Parti conservateur du Canada).
Le successeur de Borden, Arthur MEIGHEN, tente immédiatement de convertir les restes de l'unionisme au conservatisme. Lors des élections de 1921, les conservateurs arrivent troisième avec 50 sièges, derrière le PARTI PROGRESSISTE, qui remporte 65 sièges, et les libéraux, 116. En raison de son appui à la conscription, Meighen perd la confiance des francophones. Dans l'Ouest canadien, les Progressistes s'identifient plus facilement aux libéraux, associant les conservateurs à la politique nationale tant décriée. Meighen, premier ministre pendant un court laps de temps en 1926, se voit défait par les libéraux majoritaires, qui reprennent rapidement le pouvoir (voir KING-BYNG, AFFAIRE). Les conservateurs sont trop étroitement liés à la Grande-Bretagne, à une époque où justement, l'admiration du Canada pour le fait britannique s'atténue. En outre, Meighen ne réussit pas à adapter la politique nationale aux conditions économiques de l'après-guerre.
Atrophie de l'organisation
En 1927, R.B. BENNETT, un riche homme d'affaires de Calgary, lui succède. En 1930, il gagne les élections, remportant 25 sièges au Québec. La CRISE DES ANNÉES 30crée le climat propice à la victoire de Bennett, mais elle assure aussi sa défaite cinq ans plus tard. L'attitude de Bennett pendant la crise est typiquement conservatrice : il tente, sans succès, de protéger l'industrie et d'obtenir la préférence impériale. En 1935, Bennett préconise de nombreuses réformes sociales, mais ses propositions arrivent trop tard pour être convaincantes (voir NEW DEAL DE BENNETT). De nombreux conservateurs réformistes ont déjà quitté le parti pour entrer au Parti de la reconstruction, fondé par l'ex-ministre de Bennett, H.H. STEVENS. En outre, deux nouveaux partis, le CRÉDIT SOCIALet la CO-OPERATIVE COMMONWEALTH FEDERATION (CCF), font leur apparition dans certaines régions du Canada anglais. Les élections de 1935 infligent aux conservateurs leur pire défaite : ils n'obtiennent que 40 sièges, contre 173 pour les libéraux. Par la suite, les conservateurs tentent de rétablir une coalition fructueuse. Mais l'hostilité du Canada français persiste même si, en 1938, le parti choisit comme chef Robert J. MANION, qui s'est opposé à la conscription, est catholique et a épousé une Canadienne française. Ses tentatives de s'allier le Québec ne font qu'irriter plusieurs de ses collègues, une fois déclarée la Deuxième Guerre mondiale. Les fonds du parti sont épuisés, et son organisation s'atrophie. En 1940, les conservateurs ne remportent à nouveau que 40 sièges. La défaite de Manion pousse le parti à se tourner une fois de plus vers Arthur Meighen, qui fuit les compromis et que de nombreux conservateurs considèrent comme le Churchill canadien. Cependant, le Canada n'est pas la Grande-Bretagne, et Meighen perd une élection complémentaire, en février 1942.
Émergence du Parti progressiste-conservateur
Encouragé par Meighen, le premier ministre du Manitoba, John BRACKEN, un progressiste qui n'a aucune expérience conservatrice, se présente comme chef du parti et remporte le congrès à la direction de 1942. Un nouveau nom lui est alors attribué : le Parti progressiste-conservateur. Il amorce un virage à gauche pour s'associer au sentiment de réforme suscité par la guerre; cependant, les libéraux et le CCF en font tout autant. En 1944, les conservateurs sont de nouveau aux prises avec le mouvement proconscription. Même si ce sont les libéraux qui instaurent la conscription, l'enthousiasme des conservateurs leur fera porter le blâme. Lors des élections de 1945, ils ne réussissent même pas à trouver de candidats pour la plupart des circonscriptions du Québec. Ailleurs au pays, la conscription est oubliée sitôt la guerre terminée. Le Parti conservateur se classe quatrième dans les Prairies, derrière le CCF, le Parti libéral et le Crédit social.
Populisme de Diefenbaker
Les conservateurs deviennent peu à peu un parti ontarien, comme en témoigne l'élection de George DREW, premier ministre de l'Ontario, au poste de chef du parti en 1948. Drew est cependant incapable de sortir du carcan ontarien. Après deux cuisantes défaites en 1949 et en 1953, le parti décide de miser sur John DIEFENBAKER, un homme de l'Ouest, un populiste et un personnage doté d'un remarquable sens de la mise en scène. Il conquiert les Canadiens, que deux décennies d'administration libérale ont blasés, grâce à son leadership fougueux et à son programme visionnaire. En 1957, il gagne une minorité et, en 1958, il étonne les Canadiens en remportant 208 des 265 sièges, dont 50 au Québec. Pour la première fois depuis 1911, le Parti conservateur redevient un véritable parti national. La plate-forme conservatrice semble plus substantielle qu'elle ne l'est en réalité. En dépit d'appuis solides au Québec, Diefenbaker ne peut s'accommoder du caractère biculturel du Canada. Ses initiatives politiques paraissent éclectiques plutôt que parties intégrantes d'une vision plus vaste. En 1962, il perd sa majorité et, un an plus tard, son gouvernement tombe. Les libéraux gagnent l'élection suivante. Le populisme de Diefenbaker lui fait perdre l'appui du monde des affaires, puis des milieux urbains. Encore une fois, les Canadiens français boudent les conservateurs. Diefenbaker conserve toutefois des appuis solides dans l'Ouest et dans certaines autres régions. Sa destitution comme chef de parti en 1967 brise l'unité du parti et c'est son successeur, le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Robert STANFIELD, qui en payera le prix.
L'héritage de Diefenbaker
L'héritage de Diefenbaker consiste en un appui solide dans l'Ouest canadien. C'est à l'ordre provincial que les conservateurs remportent des victoires, durant les années 60 et 70, et tout particulièrement en Ontario, où ils détiennent le pouvoir de 1943 à 1985. En 1979, les conservateurs gouvernent déjà l'Ontario, le Manitoba, l'Alberta, la Nouvelle-Écosse, Terre-Neuve, l'Île-du-Prince-Édouard et le Nouveau-Brunswick, mais Stanfield ne réussit pas à mener le parti fédéral au pouvoir et, en février 1976, Joe CLARK, un Albertain, en devient le chef. En mai 1979, les conservateurs, sous la direction de Clark, forment un gouvernement minoritaire, qui est renversé en Chambre en décembre de la même année et perd les élections de février 1980. La défaite des conservateurs en 1980 remet en question le leadership de Joe Clark. Lors du congrès de 1983, le parti le rejette et lui préfère un Québécois bilingue, Brian MULRONEY. Malgré son manque d'expérience parlementaire, Mulroney possède un sens de l'organisation remarquable et connaît à fond sa province natale. Le parti, si souvent divisé, se rallie derrière son nouveau chef pour affronter le successeur de Pierre TRUDEAU, John TURNER, lors de l'élection fédérale de septembre 1984. Mulroney réussit à rallier à la base du parti, dans l'Ouest, le nouvel appui des Québécois, déçus par le fédéralisme de Trudeau. La présence de nationalistes québécois éminents, tel Lucien BOUCHARD, donne à croire que la coalition risque d'être difficile. En dépit des démissions de plusieurs ministres et des scandales qui affligent le parti, le gouvernement Mulroney parvient à réaliser une bonne part de son programme favorable à l'entreprise privée : il privatise des sociétés d'État et conclut un accord de LIBRE-ÉCHANGEavec les États-Unis. Au cours de son second mandat, toutefois, son infructueuse tentative de renouveler le fédéralisme par le truchement de négociations constitutionnelles et son incapacité à réduire la dette publique ou à libérer le Canada d'une persistante récession érodent la popularité du parti. L'Accord de libre-échange ne produit pas les emplois et la prospérité promis par Brian Mulroney. En Ontario, l'opinion générale véhicule l'idée que, au contraire, l'entente provoque la perte de nombreux emplois. Dans l'Ouest, le fait que Mulroney tarde à abolir la politique énergétique nationale tant détestée, sa décision d'accorder un lucratif contrat de défense à Montréal plutôt qu'à Winnipeg et la persistante animosité à l'endroit de la TPS sont autant de causes de la désaffection dans cette partie du pays. La popularité personnelle de Mulroney chute à des niveaux plus bas que celle de tout autre premier ministre précédent. Dès le début de 1987, le gouvernement montre des signes de faiblesses alors que Preston MANNINGforme le PARTI RÉFORMISTEdont le slogan est : «t;l'Ouest veut sa part » et lui permet de réaliser une bonne performance en Alberta lors de l'élection de 1988. Le parti élit son premier député lors de l'élection partielle de 1988. Il perd cependant de sa force au Québec lorsqu'un ami proche et collègue du conseil des ministres, Lucien Bouchard, démissionne à cause de son désaccord sur les modifications proposées à L'ACCORD DU LAC MEECH. Plusieurs députés du Québec lui emboîtent le pas et forment un autre parti politique, le Bloc québécois. En 1993, la coalition Mulroney se désintègre sous la direction de Kim CAMPBELL, qui se révèle incapable de prendre ses distances par rapport au régime Mulroney. Les partisans québécois se tournent vers Lucien Bouchard et le Bloc Québécois et ceux de l'Ouest, vers le Parti Réformiste du Canada. Les élections donnent lieu à la défaite la plus dévastatrice de l'histoire de la politique canadienne. Le parti perd 154 sièges pour n'en garder que deux, ceux de Jean CHAREST, l'ex-candidat à la direction du parti, et Elsie Wayne, mairesse de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. Le Parti conservateur perd son statut officiel de parti politique et fait face à une crise financière et politique. Jean Charest devient le chef du parti par intérim en 1993 et est confirmé dans ce rôle en 1995, devenant ainsi le premier chef canadien français du Parti conservateur. Le renouvellement du Parti conservateur repose sur le jeune Charest et, aux élections générales fédérales de 1997, le parti remporte 20 sièges et 18 p. 100 des suffrages populaires. Il retrouve ainsi son statut de parti officiel. En avril 1998, malgré cette victoire, Charest quitte les conservateurs et remplace Daniel Johnson comme chef du Parti libéral du Québec, dans l'espoir (qui s'est avéré vain) de ravir les prochaines élections provinciales au Parti Québécois alors au pouvoir. Charest sera remplacé par un vieux routier politique, Joe Clark. Dès son retour à la politique fédérale en novembre 1998, Clark gagne facilement la course à la direction du parti contre l'outsider (le nationaliste dissident David Orchard) et reprend le rôle de chef du Parti conservateur. En juin 1999, l'Alternative Unie, une coalition de droite lancée par le Parti réformiste, vote en faveur de la mise en œuvre de son projet d'unir les partis de droite pour mieux combattre le Parti libéral fédéral. Officiellement, le Parti conservateur refuse de participer au mouvement, mais celui-ci obtient toutefois le soutien de certains des membres clés du Parti progressiste-conservateur provincial d'Ontario et, ce qui est tout aussi important, de certains hommes d'affaires très riches et très à droite de la rue Bay. Ces défections sont un nouveau coup dur pour le Parti conservateur. L'ALLIANCE CANADIENNEfondée en 2000, choisit Stockwell DAYcomme chef. Celui-ci dirige une campagne qui permet au parti d'obtenir 66 sièges et 25,5 p. 100 des suffrages populaires. Avec seulement 12 sièges et 12,2 p. 100 des suffrages populaires, le Parti conservateur de Joe Clark, qui a pourtant mené une campagne solide et très bien argumentée lors des débats, conserve de justesse son statut de parti officiel. La plupart de ces 12 sièges proviennent de l'Atlantique. Clark a pris alors la décision courageuse de se présenter à Calgary, où, à la surprise de tous, sauf de Clark lui-même, il gagne. La campagne souffre d'un manque de soutien financier et après les élections, le parti reste accablé par ses dettes. Mais Stockwell Day s'avère particulièrement incompétent en tant que chef de l'Alliance canadienne. Ses décisions politiques et son style de leadership ont vite fait de créer des dissensions internes au sein de son parti : sept membres quitteront le caucus en septembre 2001 pour former un nouveau groupe parlementaire, les Représentants démocratiques. Ce caucus, officieusement allié au Parti conservateur, est dirigé par Deborah Grey et Chuck Strahl. Toutefois, le remplacement de Day à la tête de l'Alliance par Stephen HARPERentraîne le retour au bercail de tous les dissidents, sauf un. C'est ainsi que la stratégie de Clark, qui consiste à reconstruire le Parti conservateur grâce à l'effondrement de l'Alliance canadienne, échoue. Il est désormais confronté à la tâche difficile de remettre son parti d'aplomb face à une Alliance canadienne revigorée, et avec un minimum de moyens financiers. En mai 2003, le Parti progressiste-conservateur se réunit en congrès d'investiture pour choisir le successeur de Joe Clark. Peter MACKAY, grand meneur dans la course, conclut une entente avec son rival nationaliste, David Orchard, rejetant toute fusion avec L'Alliance canadienne. Cependant, en octobre 2003, le Parti conservateur et l'Alliance canadienne s'entendent pour former un nouveau parti. Le Parti conservateur voit le jour en décembre 2003, tient son premier congrès d'investiture à Toronto en mars 2004, et l'ancien leader de l'Alliance, Stephen Harper, devient le premier leader élu du nouveau parti. WILLIAM CHRISTIAN
La fusion
Peter MacKay remporte la course au leadership du Parti progressiste-conservateur en 2003 grâce à l'appui du fervent loyaliste David Orchard, promettant ainsi de revoir l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) et de rejeter les discussions de fusion avec l'Alliance canadienne. Toutefois, à quelques semaines de remporter la course au leadership, MacKay entreprend des discussions secrètes avec Harper concernant la fusion des deux partis conservateurs. Ces discussions mènent à l'annonce, le 16 octobre, par les deux leaders d'une entente de principe sur la fusion. Cette entente est ratifiée en décembre 2003 avec une écrasante majorité par les membres des deux partis lors d'un vote séparé. La fusion connaît une farouche opposition dans certaines branches du parti, plus particulièrement au sein des conservateurs traditionnels. Le jour de l'annonce de la fusion, le 8 décembre 2003, Joe Clark et deux autres députés progressistes-conservateurs quittent le parti. D'autres députés et partisans font de même, persuadés que la fusion est davantage une prise de contrôle de l'Alliance qu'un regroupement d'égaux. La décision de retirer le terme «t; progressiste » du nom du parti est plus qu'un geste symbolique. Cette décision semble plutôt laisser transparaître une souche de conservatisme social au sein de l'Alliance canadienne. En effet, le nouveau Parti conservateur ressemble davantage au Parti républicain américain qu'au Parti Tory. Le 20 mars 2004, Harper remporte la course au leadership du Parti conservateur, défaisant ainsi Tony Clement, ancien ministre du cabinet de l'Ontario, et Belinda Stronach, présidente de Magna Corporation. Quelques semaines plus tard, Harper et son nouveau parti se retrouvent en élection fédérale. Malgré une économie active, le PARTI LIBÉRALau pouvoir, avec Paul MARTINà sa tête, souffre d'une très grande impopularité dans de nombreuses régions. Il est perçu comme un parti corrompu et indigne de confiance. Les conservateurs de Harper souhaitent tirer profit de ce mécontentement, ce qui semble être le cas pendant un certain temps. Au cours des deux dernières semaines de la campagne, les sondages placent le Parti conservateur en tête. Laissant penser qu'il formera un gouvernement minoritaire. Cependant, les commentaires plus ou moins appropriés de certains candidats conservateurs dans les derniers jours de la campagne (consultation obligatoire avant un avortement, fin de l'aide financière pour les programmes de langue minoritaire et recours à la clause dérogatoire pour restreindre les droits garantis par la Charte), sèment l'inquiétude alors qu'on soupçonne le parti d'avoir un programme secret concernant les questions sociales. Un an plus tôt, les commentaires de Harper, appuyant l'impopulaire guerre en Irak, ont également soulevé la crainte qu'un gouvernement conservateur aligne la politique étrangère du Canada sur celle des États-Unis. Bon nombre de Canadiens croient que les conservateurs de Harper donneraient le feu vert à la création d'un système de santé privé au Canada. Lors de l'élection du 28 juin 2004, le Parti conservateur remporte 99 sièges et près de 30 p. 100 du vote populaire, ce qui est suffisant pour obtenir le statut d'opposition officielle face au Parti libéral encore une fois vainqueur. Certains critiques affirment que le résultat ne correspond pas aux attentes. Ils soulignent que le pourcentage des votes conservateurs est inférieur de beaucoup à celui du Parti progressiste-conservateur et de l'Alliance lors de l'élection de 2000. D'autres, toutefois, font remarquer que le nouveau parti remporte des sièges partout, particulièrement en Ontario, et que la gauche canadienne est maintenant unie pour la toute première fois depuis une décennie. Sous cet angle, on peut affirmer que le parti jouit d'une position enviable pour les élections à venir. Le gouvernement minoritaire lutte durant un an et demi, éclaboussé par un scandale provoqué par un mauvais usage des fonds publics. Finalement, en novembre 2005, le gouvernement libéral tombe. Les Conservateurs de Harper font campagne avec un programme qui met l'accent sur des réformes démocratiques et abandonne ou minimise certaines politiques controversées du parti, et ils sortent victorieux de l'élection du 23 janvier 2006. Cependant, cette victoire est fragile : les Conservateurs ne remportent que 124 sièges (sur 308) à la Chambre des communes. Néanmoins, de nombreux observateurs considèrent les résultats de cette élection comme importants en ce qu'ils indiquent un déplacement à long terme du pouvoir politique au Canada vers les provinces de l'Ouest, plus particulièrement l'Alberta, province prospère et fief électoral de Harper. Le 6 février 2006, Harper est assermenté, devenant ainsi le 22e premier ministre du Canada. Il forme immédiatement son cabinet composé de 27 ministres, soit un cabinet largement inférieur à celui du gouvernement libéral qui comptait 38 ministres, et ne nomme pas de vice-premier ministre.
Auteur
TREVOR HARRISON
Bibliographie
Charles Taylor, Radical Tories: The Conservative Tradition in Canada (1982); C. Campbell et W. Christian, Political Parties and Ideologies in Canada(1996); James Bickerton, A. Gagnon, P. Smith, Ties That Bind: Parties and Voters in Canada(1999); Preston Manning, Think Big: My Adventures In Life and Democracy (2002)
Liens supplémentaires
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